أبو الوقت التسولي
أبو الوقت التسولي

@AbouLWaqt

33 Tweets 24 reads Jan 26, 2023
Qui est cet homme qui marche d'un pas ferme et déterminé ?
Qui est ce juge qui écrivit au Calife de ne pas s'immiscer dans sa gestion des affaires ?
Qui est ce ministre qui dit au Sultan: "Si le pouvoir t'est parvenu, c'est parce que tes ascendants ont appliqué la Charī'a" ?
Cet homme, c'est 'AbdAr-Rahmān Ibn Al-Qorshy.
On ne connait pas sa date de naissance car il n'aimait pas être interrogé sur son âge ; il disait : poser une telle question n'est pas permis.
Il serait né vers 1250 à Sijilmassa, et décédera à Fès en 1358.
Avant de survoler son siècle d'existence, voici quelques éloges le concernant :
Ibn Souda dit de lui :
"Le grand savant, le guide, le pluridisciplinaire, le mémorisateur, l'autorité, le très cultivé et très profitable
Le shaykh vénérable qui mettait en pratique son savoir".
Mohammad Ibn Al-Hāj As-Sulamy écrit à son propos :
"Le savant du fiqh, le mémorisateur, le salafi".
Son disciple 'AbdAl-Hafīdh Al-Fāssy Al-Fihry le décrit :
"Un des plus célèbres et plus éminents savants du Maroc.
De bonne croyance, très dur envers les hérétiques, les prétentieux et les soufis malhonnêtes, il proclamait ouvertement ses idées et son dogme sans aucune crainte".
Le shaykh étudie auprès de son père ainsi que d'un juge érudit, avant de rejoindre la capitale scientifique et son symbole : Al-Qarawiyyine
Il assiste aux cours des maîtres des lieu, dont le fameux érudit de Fès et de l'extrême Maghreb : Mohammad Ibn Al-Madany Gannoun (m. 1302).
Il se met ensuite à enseigner dans cette université et ailleurs.
Assistent à ses cours des hommes d'État tel que le ministre Al-Masfīwy, qui demande au sultan Hassan 1er de le nommer juge en raison de son impartialité et sa rigueur.
Malgré son respect pour le shaykh, il refuse :
"La chaleur du Sahara ne convient pas à la fraîcheur de Fès, et nous n'y sommes pas tout le temps résidents afin de l'assister", justifie le dirigeant.
À la mort de ce dernier, son fils 'AbdAl-Azīz lui succède.
Le shaykh est convié aux assises scientifiques du vendredi soir.
Ces rassemblements organisés par le ministre BāHammād et auxquels assistent plusieurs savants verront notre shaykh Ibn Al-Qorshy s'illustrer par son abondant savoir ainsi que sa maîtrise du fiqh et des sciences religieuses.
Un autre évènement propulsera la notoriété du docte.
Une terrible affaire d'empoisonnement d'un homme par sa femme secoua la ville de Fès.
Les fatwas des savants et des juges divergèrent et l'un d'eux au moins reçut des pots-de-vin.
Ibn Al-Qorshy se distingua largement. Suite à ce fait, il est nommé juge dans la ville impériale.
Son honnêteté et sa fermeté furent saluées, il ne cédait à aucune pression. Au point d'écrire au calife du sultan à Fès :
"S'agissant des plaintes et des affaires de justice, je n'accorde aucune importance à votre personne et vos ordres. Wassalām."
Il était attaché au Qoran et à la Sounna, assidu à la diffusion du savoir par l'enseignement hiver comme été.
Très impliqué dans l'évocation d'Allah, la lecture de Son livre, les adorations, la salāt de nuit et avant l'aube.
Il fréquentait constamment les mosquées, jour et nuit.
Ses invocations étaient nombreuses, toutes issues de la tradition prophétique.
Il prônait, comme ses vertueux Prédécesseurs, que la Sounna était la référence, faisant ainsi fi des moyens et conclusions proposés par les pseudos-jurisconsultes.
Fermement opposé au charlatanisme, et en particulier celui de certains chefs de zaouïas, il envoya ses disciples demander au savant et chef soufi Mohammad Al-Kattāny qui était entré à Fès au sein d'un énorme cortège : *Sont-ce là les manières des émirs ou celles des savants ?"
Concernant ce shaykh soufi et sa confrérie, Ibn Al-Qorchy écrivit au Sultan 'Abd Al-'Azīz :
" La 'aqīda de cet homme est corrompue, il faut montrer ses défauts et se prémunir contre sa rébellion".
Il fut alors convoqué à Marrakech pour s'expliquer devant des savants.
À Fès, Ibn Al-Qorchy et deux juges interrogent son père :
Pourquoi prétends-tu, entre-autres, que :
Ton fils est pur et peut guider la prière sans ablutions ?
Ton fils a porté le Prophète à Sidrat al-mountahā ?
Le fils reviendra sur ce qui lui est reproché.
En raison de son intransigeance, il est démis de son poste et envoyé à Marrakech pour enseigner.
Il lance au ministre BāHammād : "Vous m'avez nommé sans demande et muté sans motif, ai-je pris de l'argent ou faussé un verdict ? La vérité sera certes dévoilée le Jour du jugement."
Puis il est désigné inspecteur de juges et des responsables des fondations religieuses, mais il demande sa démission après y avoir constaté de la corruption.
À Marrakech, il enseigne et règle des affaires de justice compliquées qui étaient restées sans solution.
Le sultan 'AbdAl-'Azīz le désigne parmi les 40 membres du haut conseil pour faire face à la pression étrangère.
Durant le règne du sultan 'AbdAl-Hafīdh, il se distingue par ses débats avec lui et Shou'ayb Doukkāly lors des assises de Hadîth organisées par l'empereur chérifien.
Lors du règne du sultan Youssouf, il est président de la cour d'appel de Rabat et ministre de la justice
Le colon français lui retire le poste car il refuse de signer de nombreuses décisions, dont celle de permettre à certaines tribus de ne pas recourir aux tribunaux islamiques.
Suite à l'annonce du Dhahir berbère et fort de sa popularité à travers tout le Maroc, il est désigné à Fès à la tête d'un groupe de 20 personnes qui ira à Rabat discuter avec le Sultan Mohammad 5. Ce dernier ne peut s'empêcher de pleurer suite à l'exhortation du shaykh.
Ibn Al-Qorshy lui a dit, entre autres, :
"Si le pouvoir t'est parvenu, c'est parce que tes ascendants ont mis en application la Loi d'Allah".
Le colon français arrêtera et emprisonnera tout le groupe sauf le shaykh, en raison de son âge et sa grande notoriété.
Avant cela, il avait refusé de signer ce maudit Dhahir berbère, malgré l'utilisation de toutes les formes de pression sur lui.
Il était catégorique :
"Quant à moi, je ne substituerai pas la Loi d'Allah par des coutumes, même si le ciel venait s'abattre sur la Terre."
Un jour, il donnait cours aux Qarawiyyine. Un homme arriva et se mit à l'observer longuement.
Étonné, le shaykh demanda : Que fais-tu ?
L'homme répondit : Si l'on n'observe pas nos savants, qui va-t-on contempler ?
L'humble savant rétorqua : eux, eux.
Càd : moi je ne suis rien.
Le shaykh avait l'habitude d'accomplir salāt Al-Fajr dans la mosquée Mawlay Idriss près de chez lui.
Constatant que la masse des gens fit de même, il décida d'aller l'accomplir aux Qarawiyyine, par crainte qu'ils ne croient qu'un mérite particulier est accordé à Mawlay Idriss
Chaque année, les savants de Fès avaient pour habitude d'effectuer au moins un voyage au Maroc ou en Algérie pour rencontrer les étudiants, et diffuser le savoir
Le shaykh s'entraîne aussi pour le Hadj qu'il accomplira en tant que responsable des pèlerins marocains en 1938.
Un shaykh soufi tijani a voulu s'en prendre au savant Ibn Al-Qorshy en l'attaquant avec de violents vers de poésie.
L'érudit ne lui accorda aucune importance, et l'attaque s'évapora.
Et comment une telle bassesse pourrait l'atteindre ?
À la fin de sa vie, il se retire de la vie publique et se consacre à l'adoration afin de s'approvisionner pour l'Au-delà.
Sécheresse oblige, les habitants de Fès le sollicitent pour diriger la salāt de demande de pluie. Il insistent et le shaykh finit par accepter.
Au cours de la salāt, la pluie s'abat violemment sur la ville et les fidèles ne purent même pas la finir.
D'où l'expression utilisée par les habitants de Fès :
"Khrej BelQorshy, ghreq koulshy"
"Ibn Al-Qorshy est sorti, et ce fut l'inondation"
Ce grand savant s'est marié deux fois, mais n'a pas eu d'enfant.
Il se contenta de son fidèle disciple, le fils de sa deuxième femme, Ahmad Shubayhy, qui deviendra un grand savant du Maroc et qui lui consacrera une biographie :
"إرشاد الراغب المنشي إلى ترجمة أبي زيد ابن القرشي"
Sources :
Devenu incontournable dans tout le Maroc, lui rendre visite chez lui est la première chose que fait toute personnalité arrivant à Fès
C'est ainsi qu'il présenta l'Islam à Lyautey, qui finit par reconnaître son authenticité.
Le Shaykh lui dit alors : Embrasse l'Islam maintenant !

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