24 Tweets 21 reads Jun 04, 2023
#Thread 3 DÉBATS du 20e siècle entre OULÉMAS et PRÉDICATEURS SALAFI, ASH’ARI SOUFI ET FRÈRES MUSULMANS ⬇️⬇️⬇️⬇️🧵
J'expose brièvement les arguments des deux groupes et l'importance du contexte dans la compréhension d'une polémique; c'est important de connaître la généalogie des débats dans le monde musulman
1) Ash’arisme contre Salafiya najdite à La Mecque (vers 1870) ✅
Ce débat opposa le grand mufti de La Mecque, imam al Haramayn, le shafii ash’ari Ahmad Zayni Dahlan et la salafiya najdite s’inscrivant dans la revivification de Muhammad ibn abd al Wahhab.
Le contexte est explosif en Arabie : la presse à imprimer y apparaît...
Les factions rivales des Rachidi et des Saouds s’affrontent et mobilisent savants et oulémas pour justifier leur pouvoir...
alors que l’Empire ottoman souhaite garder la main sur ce territoire important.
Ahmad Zayni Dahlan, ouléma respecté, attaque durement non seulement la prédication najdite « wahhabite » mais aussi directement Muhammad ibn Abd al Wahhab.
Son ouvrage الدرر السَنِيَّة فى الرد على الوهابية connaît un certain succès :
il l’accuse d'avoir instrumentalisé le madhab hanbali et semé la division dans la communauté musulmane.
Il expose la rupture que représentent à ses yeux prédication très violente des partisans de Muhammad ibn Abd el Wahhab et leur zèle et excès dans le tabdi’ et le takfir
Les partisans de la da’wa najdite (soutenue par les Saoud) lui reprocheront quant à eux sa défense classique du tawassoul, tabarrouk..
mais aussi son soutien, au nom de l'anti-impérialisme, au pseudo Mahdi du Soudan, l’hétérodoxe Muhammad Ahmad ibn Abd Allah.
Il est à noter que AHmad Zayni Dahlan et la salafiya najdite fourniront toutefois chacun de leur côté une réfutation des doctrines chiites...
2) La salafiya touareg contre les tijani au Mali (1930-1950)✅
Alors que les confréries ont longtemps été hégémoniques en Afrique subsaharienne et dans l’ancien « Soudan Français », deux éléments de contexte provoquent des débats :
- la souffrance des musulmans pendant les deux guerres mondiales :
les confréries ont inégalement manoeuvré pour limiter les dégâts de l’enrôlement militaire : certaines ont résisté, et beaucoup ont décidé de collaboré, plus ou moins ouvertement, en recrutant pour les Français
- l’essor d’un hajj transcontinental dans les années 1920’ qui connecte les prédicateurs touareg à la prédication najdite salafi qui a repris du poids dans le Hijaz
Qualifiés de Wahhabites et d’extrêmistes par les Français, Abd el Rahman al Ifriqi, Abdullah al Madani (et plus tard Hammad al Ansari) ont été formés et ont enseigné en Arabie.
Ils reviennent dans la région et appellent au Coran et à la Sunna, en prêchant contre les croyances des colons français mais aussi la tijaniya.
Abd el Rahman al Ifriqi, savant important de la période, condamne leur docilité vis-à-vis du colon mais aussi leur croyance qu’il estime innovée et même déviante dans son ouvrage Al Anwaar ar Rahmaniyyah
Les savants de la Tijaniya reprocheront aux salafi touareg d'être un corps étranger dans la région et d'importer une religion nouvelle...
créée en Arabie à l’époque de Muhammad ibn Abd al Wahhab, mais aussi de s'attaquer et calomnier ceux qui ont diffusé l’islam en Afrique
3) L’opposition entre le 3alim quietiste et le penseur subversif du politique en Inde (1950-1960) ✅
Abu l Hassan an Nadwi (1914-1999) est un savant panislamiste hanafi de tendance « salafi » issu du mouvement déobandi. Il est contemporain d’Abu A’la al Mawdudi (1903-1979).
Les deux hommes n’ont pas la même formation : An Nadwi est un savant (même si c’est aussi un poète, lettré) et Mawdudi un journaliste, très politique, un « intellectuel ».
Les deux hommes garderont toujours un respect mutuel dans un contexte extrêmement délicat. Ils assistent tous les deux à la chute de l’empire ottoman, la lutte pour la décolonisation et la partition Inde-Pakistan.
C’est globalement l’opposition classique entre quietisme et frérisme : An Nadwi ne partage pas l’enthousiasme de Mawdudi pour la politique et la polémique.
An Nadwi grandit dans un univers où il a appris à composer : il est directeur d’une école islamique en Inde et compose avec les pouvoirs locaux, nationalistes ou hindous.
Il veut faire avancer la cause des musulmans en éliminant les bid’a propagés par la présence des polythéistes et défendre les droits des musulmans, pas à pas.
Al Mawdudi est plus subversif : il écrit sur la notion d’État islamique, sur la dimension politique consubstantielle à l’islam.
Il a vu les millions de musulmans persécutés arriver dans le jeune Pakistan et refuse de vivre dans un nouvel État qui est vite une dictature laique.
Il reproche à an Nadwi de vivre dans un cocon et de mener à la dépolitisation de l’islam qui doit pourtant s’affirmer sur le plan de la gouvernance en Asie.
Le contexte personnel des deux hommes a joué un rôle sur leur orientation et leur da’wa.
Les deux hommes seront pourtant parmi les co-fondateurs de l'université islamique de Médine...
BarakAllahou fikoum, RT

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